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Article 31 bis du Code pénal espagnol · Conformité et défense de l’entreprise

Responsabilité pénale des personnes morales en Espagne

Votre société peut être condamnée alors que vous êtes relaxé, et relaxée alors que vous êtes condamné

Depuis 2010, les personnes morales répondent pénalement en Espagne, non comme un prolongement de la responsabilité de leurs dirigeants mais de façon autonome. La société peut être condamnée sans que l’auteur matériel des faits ait été identifié, et elle répond aussi des infractions commises par ses salariés lorsque les devoirs de surveillance et de contrôle ont été gravement méconnus. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait quelque chose : il suffit de ne pas en avoir fait assez.

En bref. Responsabilité pénale des personnes morales en Espagne (article 31 bis) : peines, programme de conformité efficace et défense séparée de l’entreprise.

Ce qui est en jeu

2010
Année depuis laquelle les personnes morales répondent pénalement devant les juridictions espagnoles
31 bis
Article du Code pénal espagnol qui fonde la responsabilité pénale de la personne morale
6
Éléments exigés d’un modèle efficace : risques, contrôles, organe, canal, discipline, révision

Une responsabilité autonome et un seul moyen de défense réellement solide

Depuis 2010, l’article 31 bis du Code pénal espagnol établit la responsabilité pénale des personnes morales. Elle est autonome : la société peut être condamnée sans que l’auteur matériel des faits ait été identifié, et elle peut être relaxée alors même que son administrateur est condamné. Les deux positions procédurales avancent ensemble mais ne se confondent jamais.

Deux voies d’imputation coexistent. La première vise les infractions commises par les représentants et les administrateurs au nom et pour le compte de la société. La seconde est celle qui surprend les chefs d’entreprise : les infractions commises par des salariés lorsqu’il y a eu un manquement grave aux devoirs de surveillance et de contrôle. Il n’est alors pas reproché d’avoir agi, mais de ne pas en avoir fait assez pour empêcher.

L’amende est le moindre des maux. Les conséquences qui détruisent les entreprises sont les autres : interdiction de contracter avec le secteur public — pour beaucoup de sociétés, c’est la fin —, perte des subventions et des avantages fiscaux, y compris la restitution de ceux déjà perçus, suspension d’activités, fermeture d’établissements, mise sous administration judiciaire et, dans les cas les plus graves, dissolution de la société. À quoi s’ajoute l’atteinte à la réputation, qui ne figure pas dans le Code pénal mais qui arrive bien avant le jugement.

La loi espagnole reconnaît expressément qu’un modèle d’organisation et de gestion efficace, adopté avant les faits, exonère ou atténue la responsabilité de l’entreprise. C’est la seule défense réellement solide, et elle ne s’improvise pas après coup. Les juridictions n’acceptent pas n’importe quoi : un manuel acheté, générique, rangé dans un tiroir et jamais appliqué n’est pas un programme de conformité, c’est un document.

La question que posera le juge n’est pas de savoir si vous aviez un programme, mais s’il fonctionnait. Notre intervention se déploie donc sur trois plans : la défense de la personne morale mise en cause, avec une stratégie distincte de celle des dirigeants ; la prévention, par la conception et la mise en œuvre d’un modèle adapté au risque réel de l’activité ; et la réaction, par l’enquête interne dès l’apparition d’un indice, qui permet de connaître les faits avant le parquet et de décider en connaissance de cause s’il convient de coopérer.

Liste fermée

Les infractions pour lesquelles votre entreprise répond

La responsabilité pénale de la personne morale ne s’applique pas à toutes les infractions, mais à une liste fermée. Voici celles qui touchent le plus les entreprises de notre environnement.

Fraude

Escroquerie et fraude aux aides publiques

L’escroquerie et la fraude figurent au premier rang, y compris la fraude aux subventions et dans la commande publique. Ce sont aussi les infractions qui déclenchent les conséquences les plus lourdes pour une société vivant du secteur public, puisqu’elles ouvrent la voie à l’interdiction de contracter et à la restitution des aides déjà perçues.

Contrôle clé : justification des aides reçues
Fiscal

Infraction fiscale et contre la Sécurité sociale

La société répond des infractions fiscales et de celles commises contre la Sécurité sociale. Le risque naît rarement d’une décision isolée : il naît de procédures internes qui laissent passer, exercice après exercice, des traitements que personne ne valide formellement et dont personne ne conserve la trace.

Contrôle clé : validation et traçabilité fiscale
Blanchiment

Blanchiment de capitaux

Le blanchiment engage la personne morale, y compris dans sa modalité imprudente. Pour une entreprise, cela signifie qu’une défaillance des vérifications sur l’origine des fonds ou sur l’identité des contreparties peut suffire, sans qu’aucune intention n’ait à être démontrée à son encontre.

Contrôle clé : vérification des contreparties
Corruption

Corruption publique et corruption privée

La corruption d’agents publics et la corruption entre particuliers figurent dans la liste. Les points d’exposition habituels sont les intermédiaires commerciaux, les cadeaux et invitations, les paiements de facilitation et les commissions dont la contrepartie réelle n’est pas documentée.

Contrôle clé : intermédiaires et cadeaux
Environnement

Atteintes à l’environnement et à l’urbanisme

Les infractions contre l’environnement et les infractions urbanistiques engagent la personne morale. Ce sont des risques d’exploitation, liés aux autorisations, aux rejets, au stockage et à l’implantation, qui se préviennent par des contrôles opérationnels et non par des déclarations de principe.

Contrôle clé : autorisations et suivi opérationnel
Numérique

Infractions informatiques et secrets

Atteintes aux systèmes d’information, dommages informatiques, découverte et révélation de secrets. Le risque vient souvent de l’intérieur : accès non révoqués, extraction de bases de données lors d’un départ, usage d’informations confidentielles provenant d’un concurrent.

Contrôle clé : gestion des accès et des départs
Marché

Propriété intellectuelle, industrielle et marché

Les atteintes à la propriété intellectuelle et industrielle ainsi que les infractions relatives au marché engagent la société. La contrefaçon, l’usage de signes distinctifs et l’exploitation de contenus protégés sont les cas les plus courants dans les activités de distribution et de commerce en ligne.

Contrôle clé : droits sur les contenus et les signes
Personnes

Traite et droits des travailleurs étrangers

La traite des êtres humains et les infractions contre les droits des travailleurs étrangers figurent également dans la liste. L’exposition passe fréquemment par la chaîne de sous-traitance, dont les pratiques sont imputables à l’entreprise donneuse d’ordre si aucun contrôle sérieux n’a été mis en place.

Contrôle clé : diligence sur la sous-traitance
Hors liste

Ce dont la personne morale ne répond pas

Les infractions contre les droits des travailleurs et les accidents du travail n’engagent pas la responsabilité pénale de la personne morale. Elles engagent en revanche la responsabilité personnelle des administrateurs et des chargés de service — celle qui, précisément, peut conduire en prison. Cette asymétrie est souvent découverte trop tard.

Responsabilité personnelle des dirigeants

Conséquences

Ce que l’entreprise risque réellement

L’amende n’est presque jamais le vrai problème. Ce tableau met en regard chaque conséquence, son effet concret sur l’exploitation, ce qui la déclenche et ce qui, en amont, permet de l’éviter.

ConséquenceEffet sur l’entrepriseCe qui la déclencheCe qui la prévient
AmendebaseCharge financière directeCondamnation de la personne moraleModèle de conformité antérieur et efficace
Interdiction de contracter avec le secteur publicPerte de l’accès aux marchés publicsCondamnation dans les infractions concernéesCartographie des risques propre à l’activité
Perte de subventions et d’avantages fiscauxRestitution des aides déjà perçuesFraude aux aides ou infraction fiscaleContrôles de justification et traçabilité
Suspension d’activitésArrêt de tout ou partie de l’exploitationGravité et persistance des faitsContrôles effectifs et documentés
Fermeture d’établissementsPerte de sites d’exploitationFaits rattachés à un établissement précisOrgane de conformité doté de moyens
Mise sous administration judiciairePerte du contrôle de la gestionNécessité de protéger salariés et tiersGouvernance et séparation des fonctions
Dissolution de la sociétéDisparition de la personne moraleCas extrêmes uniquementRéaction interne rapide et coopération
Atteinte à la réputationEffets commerciaux immédiatsCe n’est pas une peine : elle précède le jugementEnquête interne et communication maîtrisées

L’ampleur et la durée de ces conséquences dépendent de l’infraction retenue et des circonstances appréciées par le tribunal ; elles se déterminent dossier par dossier. Ce tableau a une valeur informative et ne remplace pas l’examen de la situation concrète de l’entreprise.

Notre différence

Là où la conformité rencontre l’analyse de la preuve

La preuve, dans les procédures visant une personne morale, est organisationnelle et documentaire : cartographie des risques, procès-verbaux de l’organe de conformité, traces d’exécution des contrôles, signalements reçus et traités, sanctions disciplinaires réellement prononcées. Sa contestation technique est la défense la plus efficace. C’est pourquoi nous appliquons LIWARDLegal Intelligence Warfare for Defense—, notre méthodologie propre qui intègre intelligence juridique, analytique jurisprudentielle, analyse financière et comptable et e-forensic dans une seule stratégie procédurale. C’est ce qui nous distingue de la défense pénale conventionnelle.

i.

Cartographie réelle des risques

Première erreur : copier l’analyse de risques d’une autre entreprise. Les risques d’une société de construction, d’un cabinet et d’une entreprise de logistique n’ont rien de commun. Nous partons des processus réels, des flux financiers et des relations avec le secteur public propres à l’activité concernée.

ii.

Analytique jurisprudentielle

Deuxième erreur : croire que l’existence d’un manuel suffit. Les juridictions espagnoles ont fixé avec netteté ce qui distingue un modèle efficace d’un simple ornement. Nous confrontons le dispositif existant à ces critères, point par point, avant que le parquet ne le fasse à notre place.

iii.

Défense séparée de l’entreprise

Troisième erreur : confier la défense de la société et celle du dirigeant au même conseil. Les intérêts divergent dès le premier jour et un conflit d’intérêts mal traité nuit aux deux. Nous posons cette séparation à l’ouverture du dossier, et non lorsqu’il est déjà trop tard pour la poser.

iv.

Enquête interne et e-forensic

Quatrième erreur : attendre la convocation. L’enquête interne menée dès l’apparition d’un indice permet de connaître les faits avant le parquet, de préserver les preuves numériques avant leur écrasement et de décider en connaissance de cause s’il convient de coopérer.

Comment nous travaillons

Quatre phases, de la prévention au jugement

Phase 01

Diagnostic d’exposition

Nous identifions les infractions de la liste fermée auxquelles l’activité expose réellement l’entreprise, les processus qui les rendent possibles et les contrôles déjà en place. Ce diagnostic sert autant à la prévention qu’à la défense : il détermine ce qu’il faudra un jour démontrer.

Phase 02

Enquête interne

Dès l’apparition d’un indice, nous conduisons l’enquête interne : préservation des supports numériques, entretiens, reconstitution des flux. Connaître les faits avant le parquet est ce qui permet de choisir entre coopérer et se défendre, au lieu de subir ce choix.

Phase 03

Défense de la personne morale

Stratégie distincte de celle des dirigeants, avec un représentant spécialement désigné pour la procédure. Nous démontrons l’effectivité du modèle au moment des faits : traces d’exécution des contrôles, signalements traités, sanctions prononcées, révisions successives et datées.

Phase 04

Audience, jugement et remédiation

Conclusions définitives, discussion des conséquences accessoires et, en cas de condamnation, travail sur leur portée exacte. Nous accompagnons ensuite la remédiation du modèle, qui pèse sur l’appréciation des faits ultérieurs et sur la relation avec les donneurs d’ordre publics.

À qui nous nous adressons

Les situations que nous prenons en charge

E

Entreprises mises en cause

Sociétés convoquées en qualité de personne morale investiguée, qui découvrent que leur défense ne se confond pas avec celle de leurs dirigeants. Nous assurons cette défense séparée, désignons le représentant de la personne morale et construisons la démonstration de l’effectivité du modèle au moment des faits.

D

Groupes exposés au secteur public

Entreprises dont l’activité dépend des marchés publics, des subventions ou des avantages fiscaux. Pour elles, l’interdiction de contracter et la restitution des aides déjà perçues sont bien plus redoutables que l’amende : toute la défense doit être organisée en fonction de ce risque précis.

I

Dirigeants et organes de conformité

Administrateurs, directeurs et responsables de conformité qui doivent apprécier la solidité du dispositif existant. La question n’est pas de savoir si le programme existe, mais s’il fonctionne : contrôles exécutés et tracés, canal opérationnel, régime disciplinaire réellement appliqué, révisions datées.

V

Filiales espagnoles de groupes français

Filiales dont le modèle de conformité a été conçu selon les standards du siège français, sans adaptation à la liste fermée du droit espagnol ni aux exigences posées par les juridictions espagnoles. Nous réalisons cette adaptation et travaillons en français avec le siège comme avec la filiale.

Vos questions

Questions fréquentes sur la responsabilité de l’entreprise

Je ne savais rien de ce qu’a fait mon salarié : l’entreprise répond-elle malgré tout ?
Elle peut répondre, oui. La voie du manquement aux devoirs de surveillance et de contrôle n’exige pas que le dirigeant ait su : elle exige qu’il n’en ait pas fait assez pour l’empêcher. C’est très exactement la raison d’être de la conformité pénale. La discussion se déplace alors vers l’existence de contrôles adaptés au risque concret et vers la preuve qu’ils étaient effectivement exécutés au moment des faits.
J’ai un manuel de conformité acheté il y a des années : cela suffit-il ?
Probablement pas. Les juridictions espagnoles examinent si le modèle était efficace et vivant : analyse de risques propre à l’entreprise, contrôles réels, organe de conformité doté de moyens, canal de signalement opérationnel et régime disciplinaire effectivement appliqué. Un document rangé dans un tiroir n’exonère pas. Un dispositif jamais révisé depuis son adoption est un dispositif mort.
Le même avocat peut-il défendre l’entreprise et son dirigeant ?
Presque jamais. Les intérêts divergent dès le premier jour : la société a intérêt à démontrer qu’elle disposait de contrôles que quelqu’un a contournés, le dirigeant a intérêt à démontrer l’inverse. Un conflit d’intérêts mal traité nuit aux deux. C’est une question à résoudre à l’ouverture du dossier, lorsqu’elle peut encore l’être sans dommage pour personne.
L’entreprise peut-elle finir dissoute ?
C’est la conséquence la plus grave et elle est réservée aux cas extrêmes. Il serait pourtant imprudent de s’en tenir là : l’interdiction de contracter avec le secteur public et la perte des subventions détruisent des sociétés avec la même efficacité, et bien plus fréquemment. Pour une entreprise dont le chiffre d’affaires dépend de la commande publique, cette interdiction équivaut à une cessation d’activité.
Quelles infractions engagent la responsabilité de la personne morale ?
Pas toutes : la loi espagnole retient une liste fermée. Y figurent notamment l’escroquerie et la fraude, y compris la fraude aux subventions et dans la commande publique, l’infraction fiscale et contre la Sécurité sociale, le blanchiment de capitaux, la corruption publique et privée, les atteintes à l’environnement et à l’urbanisme, les infractions informatiques, les atteintes à la propriété intellectuelle et industrielle et la traite des êtres humains. Les infractions contre les travailleurs et les accidents du travail n’engagent pas la personne morale, mais la responsabilité personnelle des administrateurs et des chargés de service.
Que regarde concrètement le juge pour décider si le modèle exonère ?
Cinq questions reviennent : la cartographie des risques est-elle propre à cette activité ; l’organe de conformité dispose-t-il d’une autonomie, de moyens et d’une capacité d’initiative réelles ; les contrôles laissent-ils une trace de leur exécution et détectent-ils effectivement quelque chose ; le régime disciplinaire a-t-il déjà été appliqué à quelqu’un ; le modèle est-il tenu à jour. Un dispositif qui franchit cet examen est le meilleur investissement d’une entreprise exposée ; un dispositif qui échoue est une dépense qui procure en outre une fausse sécurité.

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