Ce que nous voyons en pratiqueLes situations qui arrivent au cabinet et les points qui décident du dossier
Cinq scénarios récurrents de fuite d’information, puis les quatre points de rupture qui décident de l’issue : la frontière avec le savoir-faire du salarié, les mesures raisonnables, le choix de la voie et le risque pour l’entreprise qui recrute.
Scénario
Départ d’un commercial
Le commercial s’en va et, quelques semaines plus tard, ses clients changent de fournisseur un à un. Le rythme et la simultanéité de ces départs constituent souvent le premier élément objectif du dossier. Nous documentons ce calendrier avant tout autre acte, parce qu’il oriente ensuite la lecture des traces techniques.
Point clé : distinguer la captation licite de l’usage d’information confidentielle.
Scénario
Emport des plans, du code ou de la base de prix
Le technicien part avec les plans, le code source ou la base de données de prix. Ce sont les cas où la trace informatique est la plus nette, à condition qu’elle ait été préservée à temps. La valeur de ces éléments tient autant à leur contenu qu’à la date exacte de leur extraction.
Point clé : figer les journaux avant qu’ils ne soient écrasés.
Scénario
Téléchargement massif avant le départ
Le dirigeant ou le cadre qui, avant de partir, télécharge massivement de l’information sur un disque externe. Le volume et l’horaire des accès sont ici déterminants. Ces opérations laissent une empreinte que seul un examen mené avec garanties permet d’opposer au salarié.
Point clé : connexion de supports externes et accès hors horaires.
Scénario
Renvoi vers la messagerie personnelle
L’information est réexpédiée vers une adresse personnelle. La trace existe du côté de l’entreprise, mais elle disparaît si le compte est fermé et purgé trop rapidement. Le compte professionnel doit être gelé, pas supprimé, tant que l’analyse n’est pas terminée.
Point clé : ne pas clôturer les comptes avant la préservation.
Scénario
Recrutement d’une équipe entière
L’entreprise concurrente recrute une équipe complète et, avec elle, tout ce que cette équipe savait et détenait. Le dossier se déplace alors vers la société qui a recruté. La question devient alors celle de ce que la nouvelle société savait et de ce qu’elle a laissé faire.
Point clé : la mise en cause peut remonter jusqu’à l’employeur d’accueil.
Frontière
Expérience du salarié et information de l’entreprise
L’expérience et les connaissances professionnelles sont les siennes et le suivent légitimement. L’information de l’entreprise, non. Cette distinction est le cœur de ces procédures et elle se tranche sur des éléments techniques. Nous la travaillons dans les deux sens : pour établir la fuite, comme pour défendre celui qui n’a emporté que son métier.
Point clé : la différence se prouve avec les systèmes, pas avec des soupçons.
Rupture
Absence de mesures raisonnables
Un dossier partagé ouvert à tout le personnel n’est pas un secret. Sans contrôle d’accès, sans accord de confidentialité et sans politique interne, la qualification de secret d’entreprise ne tient pas devant la juridiction. Nous le disons dès la première analyse plutôt que de laisser l’entreprise s’engager dans une procédure perdue.
Point clé : la protection pénale s’arrête où s’est arrêtée votre diligence.
Voie
Action civile fondée sur la loi sur les secrets d’affaires
Mesures de constatation des faits, mesures conservatoires de cessation, interdiction de commercialiser les produits issus de l’infraction et indemnisation pouvant être calculée sur le bénéfice obtenu par l’auteur. Elle se combine fréquemment avec la voie pénale, chacune apportant ce que l’autre ne peut pas obtenir.
Point clé : souvent plus rapide et plus efficace que la voie pénale.
Risque
Entreprise qui recrute
Si vous intégrez un professionnel qui arrive avec de l’information de son ancien employeur et qu’il l’utilise, votre société peut être celle qui est mise en cause, et même condamnée en tant que personne morale. Une lettre d’avertissement, une vérification et leur conservation suffisent presque toujours à écarter le risque.
Point clé : avertissement écrit, vérification et trace documentaire.