Art. 545 et 550 LECrim
Règle générale
Nul ne peut pénétrer dans le domicile d’un Espagnol ou d’un étranger résident sans son consentement, hors les cas et les formes prévus par la loi. La voie ordinaire est donc l’ordonnance motivée du juge, notifiée à l’intéressé. Toute entrée qui ne repose ni sur un consentement valable, ni sur la flagrance, ni sur cette ordonnance est nulle et entraîne avec elle ce qui a été découvert.
Fondement : ordonnance motivée · Défaut : nullité et exclusion
Champ de protection
Ce qui est un domicile
La notion protège l’espace d’intimité et va bien au-delà de la résidence principale : chambre d’hôtel, résidence secondaire habitée, caravane occupée, dépendance attenante à usage vital. Elle n’est pas pour autant sans limite : les locaux commerciaux ouverts au public et les véhicules n’en relèvent pas et suivent d’autres règles de fouille.
Étendue : large · Exclusions : commerce ouvert, véhicule
Art. 546 LECrim
L’ordonnance d’entrée
Le juge peut ordonner l’entrée et la fouille lorsque des indices donnent à penser que la personne investiguée ou des objets de l’infraction se trouvent sur les lieux. La motivation est le talon d’Achille de la mesure : elle doit exprimer des indices objectifs, l’objectif poursuivi et les espaces précisément visés, et non de simples soupçons.
Exigence : indices objectifs · Défaut : nullité de l’ordonnance
Art. 546 LECrim
Horaire : jour et nuit
La fouille se pratique de jour. Elle ne peut avoir lieu de nuit que si l’urgence l’exige et si l’ordonnance l’autorise expressément. L’autorisation nocturne ne se présume pas et ne se déduit pas du contexte : elle doit figurer dans la décision, faute de quoi l’opération se déroule hors du cadre que le juge a fixé.
Principe : de jour · Nuit : urgence et autorisation expresse
Art. 553 LECrim
Flagrance et exceptions
L’entrée sans ordonnance est admise en cas de flagrant délit, de poursuite immédiate d’un auteur qui se réfugie dans les lieux, ou d’urgence exceptionnelle en matière de terrorisme avec communication immédiate au juge. La flagrance suppose la perception sensorielle directe de l’infraction en train de se commettre : une odeur perçue depuis le palier ne suffit pratiquement jamais.
Condition : perception directe · Terrorisme : avis immédiat au juge
Consentement
Le consentement de l’occupant
Il doit être libre, informé et sans équivoque, idéalement recueilli par écrit. Lorsque la personne est déjà privée de liberté, il n’est valable qu’avec l’assistance d’un avocat. Un laissez-passer arraché sur le seuil, sous la pression de plusieurs agents, n’est pas un consentement : c’est un point que la défense conteste avec succès.
Exigence : libre et informé · Personne retenue : avocat obligatoire
Art. 566 à 572 LECrim
Déroulement de la fouille
L’opération se pratique en présence de l’intéressé ou de la personne qui le représente, à défaut de deux témoins, et du greffier qui dresse et authentifie le procès-verbal. L’absence de l’occupant, alors qu’il est retenu et disponible, reste la cause d’annulation la plus fréquente. Le procès-verbal doit consigner les découvertes, les lieux fouillés et les objections formulées.
Présence : intéressé et greffier · À défaut : 2 témoins
Art. 573 à 578 LECrim
Livres, papiers et correspondance
La fouille des livres et documents et la saisie de la correspondance exigent elles aussi une décision motivée, avec cette particularité que l’ouverture de la correspondance se fait en présence de l’intéressé. Une saisie documentaire massive et indifférenciée, qui balaie l’ensemble d’un bureau sans tri, excède le périmètre autorisé.
Exigence : décision motivée · Ouverture : en présence de l’intéressé
Art. 588 sexies LECrim
Téléphones et ordinateurs
L’ordonnance d’entrée n’autorise pas l’exploitation des appareils découverts sur place. L’accès au contenu d’un téléphone ou d’un ordinateur exige une autorisation judiciaire spécifique, avec sa propre pondération, parce qu’un téléphone concentre davantage d’intimité que le logement entier. Une extraction pratiquée sous le seul couvert de l’ordonnance d’entrée est nulle et entraîne ce qui en dérive.
Exigence : autorisation distincte · Défaut : nullité de l’extraction