Dans les dommages, l’évaluation du préjudice est la qualification elle-même
Le Code pénal espagnol fixe le montant du dommage d’après le coût de réparation. Discuter l’évaluation, ce n’est donc pas discuter l’indemnisation : c’est discuter l’infraction retenue. En dessous de 400 euros, l’affaire devient une infraction légère punie d’une amende ; au-dessus, elle change de catégorie. D’où l’importance de l’expertise contradictoire du coût réel de réparation, et non du devis produit par la partie qui se dit lésée. Les factures gonflées et les estimations de complaisance se démontent avec une contre-expertise, et un chiffrage honnête suffit parfois à ramener un dossier à sa juste dimension.
Le deuxième terrain est celui de l’intention. Le dommage par imprudence n’est punissable que dans des cas limités : il faut une imprudence grave et un préjudice supérieur à 80 000 euros, et la poursuite suppose une plainte de la personne lésée (art. 267). En dessous, la réclamation est exclusivement civile. Le rappeler in limine litis permet d’écarter des procédures pénales engagées à tort après un sinistre ou un accident.
Le troisième terrain est celui de l’auteur. Dans les dommages commis en groupe ou lors de troubles sur la voie publique, la participation de chacun doit être établie par des actes concrets, et non déduite de la présence sur les lieux. Dans les dommages informatiques, l’attribution repose sur les journaux de connexion et les identifiants : les accès partagés et les mots de passe connus de plusieurs personnes sont la source classique du doute raisonnable dans ce contentieux. Nous examinons donc, dans cet ordre, l’évaluation, l’intention et l’attribution, avant même de discuter le déroulement des faits.
Il faut enfin rappeler que la responsabilité civile accompagne toujours ces infractions : ce qui a été détruit se paie, indépendamment de la peine prononcée. Pour la personne mise en cause, une stratégie limitée à la contestation des faits laisse donc subsister une dette dont le montant aura été fixé sans elle. Pour la victime, la réparation intégrale se prépare dès les premiers actes, en documentant l’état du bien, le coût de remise en état et, s’il s’agit d’une entreprise, l’interruption d’activité qui en découle. Les deux volets se traitent ensemble, puisqu’ils reposent sur une seule et même évaluation.