En matière de réputation numérique, le vrai obstacle est rarement juridique
Les affaires d’atteinte à l’honneur en ligne se ressemblent sur un point : le droit applicable est connu, mais l’adversaire ne l’est pas. Le profil est anonyme, l’avis est faux, le compte a été créé pour cela. Identifier l’auteur est un problème technique, pas doctrinal : il faut obtenir de la plateforme et de l’opérateur l’adresse IP et son titulaire, ce qui suppose une réquisition judiciaire, donc une procédure déjà ouverte et une demande sérieusement motivée.
Avant toute chose, il faut préserver la preuve : constat notarié ou capture horodatée. Le contenu s’efface, et le dossier s’efface avec lui. Nous voyons régulièrement arriver des situations où la publication litigieuse n’existe plus que dans le souvenir de la personne visée, ce qui rend la démonstration considérablement plus difficile.
Sur le fond, le droit espagnol distingue deux figures. La calomnie est l’imputation d’une infraction pénale faite en connaissance de sa fausseté ou au mépris téméraire de la vérité. L’injure porte atteinte à la dignité, en portant atteinte à la réputation ou à l’estime de soi, et ne constitue une infraction que lorsqu’elle est grave. Les deux voient leur gravité augmenter lorsqu’elles sont diffusées avec publicité, ce qui est précisément le cas sur les réseaux sociaux et dans les médias.
Face à ces qualifications se dresse la liberté d’expression, qui protège la critique dure, dérangeante et même blessante, particulièrement lorsqu’elle vise des personnes ayant une exposition publique ou des questions d’intérêt général. La frontière ne passe pas par le ton employé mais par l’insulte gratuite et par l’imputation de faits faux. Cet équilibre est le cœur de toute stratégie, aussi bien pour accuser que pour défendre. C’est aussi la raison pour laquelle nous examinons chaque publication mot à mot avant d’engager la moindre action.
Enfin, deux calendriers coexistent. Celui de la procédure, qui suit ses propres délais, et celui de la diffusion, qui se compte en heures. Une décision de justice rendue longtemps après ne remplace pas le retrait obtenu à temps, et un retrait obtenu sans avoir constaté le contenu prive d’une preuve qui ne se reconstitue plus. Conduire les deux démarches ensemble, dans le bon ordre, est l’essentiel du travail que nous accomplissons dans ces dossiers.