Art. 253 CP
Infraction de base
Appropriation d’argent, d’effets, de valeurs ou de biens meubles reçus en dépôt, en mandat ou en garde, avec l’obligation de les remettre ou de les restituer.
Deux éléments doivent coexister : un titre qui oblige à restituer et un acte de disposition traduisant la volonté de ne plus restituer. Le simple retard ne suffit pas ; c’est le passage de la détention légitime à l’appropriation définitive qui est incriminé.
Peine : 6 mois à 3 ans de prison.
Arts. 253 / 250 CP
Forme aggravée
Gravité particulière tenant au montant, à l’abus de relations personnelles ou à la pluralité de victimes : renvoi aux circonstances aggravantes de l’escroquerie.
Le renvoi aux circonstances de l’escroquerie signifie que l’aggravation ne tient pas au seul montant. L’abus de relations personnelles — le gestionnaire de famille, le professionnel de confiance — est fréquemment retenu et modifie sensiblement le cadre répressif encouru.
Peine : 1 à 6 ans + amende.
Art. 253.2 CP
Contravention pénale
Appropriations d’un montant n’excédant pas 400 € : jugement accéléré et antécédents de moindre portée.
Le seuil de 400 € ne change pas la nature des faits, mais la procédure : la contravention se juge selon un circuit allégé. L’enjeu reste réel, car la déclaration de culpabilité et la responsabilité civile subsistent.
Peine : amende de 1 à 3 mois.
Art. 254 CP
Appropriation d’une chose trouvée
Appropriation d’une chose mobilière d’autrui en dehors des cas de l’art. 253, y compris celle reçue par erreur de la part de celui qui la transmet.
Cette figure ne suppose aucun titre préalable : le bien arrive entre les mains de l’auteur par hasard ou par l’erreur d’un tiers. Ce qui est réprimé, c’est le refus de restituer une fois l’origine connue, hypothèse fréquente en matière de virements bancaires erronés.
Peine : amende de 3 à 6 mois · prison si valeur > 400 €.
Art. 253 CP
Dirigeants et gestionnaires
Disposition de fonds sociaux ou de fonds de clients à des fins personnelles : le scénario le plus fréquent dans les entreprises, les cabinets de gestion et les cabinets professionnels.
La difficulté probatoire tient à la confusion des patrimoines : comptes courants d’associés, avances de frais, rémunérations non formalisées. Une comptabilité tenue et des flux justifiés au fil de l’eau constituent la meilleure protection du dirigeant comme le meilleur appui de l’entreprise lésée.
Peine : jusqu’à 6 ans selon le montant.
Art. 253 CP
Successions et indivisions
Appropriation de sommes ou de biens communs par un cohéritier, un coïndivisaire ou l’administrateur de l’indivision.
Le cohéritier qui perçoit des loyers ou vide un compte de l’indivision détient légitimement, puis s’approprie. La difficulté est de séparer ce qui relève du partage à venir de ce qui a déjà été soustrait, ce qui suppose un décompte contradictoire précis.
Peine : 6 mois à 6 ans selon le montant.
Art. 252 CP
Délimitation : gestion déloyale
En cas d’excès de pouvoirs sans appropriation définitive, la qualification applicable est celle de l’art. 252 : la distinction change toute la stratégie.
La gestion déloyale sanctionne l’excès de pouvoir qui cause un préjudice, sans exiger que l’auteur fasse sien le bien. Retenir l’une ou l’autre qualification commande le cadre répressif et l’objet même de la preuve à rapporter.
Peine : 6 mois à 6 ans selon le montant.
Arts. 248–250 CP
Délimitation : escroquerie
Si la tromperie a précédé la remise, il y a escroquerie et non abus de confiance : le moment de l’intention frauduleuse décide de la qualification.
Toute la différence tient à la chronologie de l’intention. Si l’auteur a obtenu la remise grâce à une tromperie, l’infraction était consommée dès l’origine ; s’il a reçu de bonne foi et n’a décidé que plus tard de garder, on demeure dans l’abus de confiance.
Peine : 6 mois à 6 ans selon le montant.
Art. 31 bis CP
Responsabilité de l’entreprise
Mise en cause de la personne morale bénéficiaire de l’appropriation et défense de l’entité lésée par des gestionnaires déloyaux.
La société peut se trouver des deux côtés : bénéficiaire de l’appropriation, elle répond ; victime de ses propres gestionnaires, elle se constitue partie civile. Ces deux positions appellent des stratégies opposées et doivent être arbitrées très tôt.
Conséquences : amende, suspension ou dissolution.