DÉCISION COMMENTÉE · TRIBUNAL SUPÉRIEUR DE JUSTICEQuinze ans de réclusion annulés : quand la preuve indiciaire n’atteint pas la certitude exigée
DÉCISION
Arrêt du 24 juin 2026
JURIDICTION
Chambre civile et pénale du TSJ de la Région de Murcie
IDENTIFICATION
Appel contre un arrêt de cour d’assises, Audiencia Provincial de Murcie, deuxième section
DISPOSITIF
Condamnation annulée, relaxe prononcée
Une condamnation à quinze ans de réclusion pour assassinat prononcée par une cour d’assises a été annulée en appel. Le Tribunal supérieur de justice de la Région de Murcie a conclu que la preuve indiciaire sur laquelle elle reposait n’atteignait pas le degré de certitude qu’exige le procès pénal, et a relaxé le prévenu en application de la présomption d’innocence de l’article 24 de la Constitution espagnole.
La décision constitue le contrepoint exact des arrêts qui confirment des condamnations fondées sur les seuls indices. Elle ne met pas en cause l’aptitude de la preuve indiciaire, qui est incontestable, mais la solidité de l’inférence dans l’espèce. C’est cette distinction qu’il convient de retenir.
Les faits et le parcours procédural
- La victime a agressé le prévenu à l’intérieur d’un logement
- L’affrontement s’est poursuivi dans l’escalier et le hall de l’immeuble
- Le prévenu a subi des blessures d’une extrême gravité : plaies au cou touchant les veines jugulaires et lésion thoracique avec pneumothorax
- La victime est décédée des suites de onze coups de couteau
- Cour d’assises, Audiencia Provincial de Murcie, deuxième section : quinze ans pour assassinat
- Tribunal supérieur de justice : annulation de la condamnation et relaxe
- Un pourvoi en cassation devant le Tribunal suprême demeure ouvert
Les clés juridiques
- La preuve indiciaire est admissible mais exige une inférence univoque
- Des indices porteurs de fortes doses d’ambiguïté ne suffisent pas
- Une hypothèse alternative compatible avec l’innocence fait obstacle à la condamnation
- Contradiction entre la gravité des blessures du prévenu et la capacité de porter onze coups de couteau
- Présomption d’innocence de l’article 24 de la Constitution
- Application du principe in dubio pro reo
LA DOCTRINECe que juge le tribunal
L’aptitude de la preuve indiciaire et sa limite
Aucune juridiction ne conteste qu’une condamnation puisse reposer sur une preuve indiciaire à défaut de preuve directe. Ce qui est toujours discuté, c’est la qualité de l’inférence. La doctrine consolidée exige que les indices soient pleinement établis, qu’ils soient pluriels ou, s’ils sont uniques, d’une force probante particulière, qu’ils soient concomitants au fait et interdépendants. Elle exige surtout que le raisonnement conduisant des indices au fait déduit soit univoque, c’est-à-dire qu’il n’admette pas, avec une égale vraisemblance, une conclusion différente.
L’ambiguïté comme cause de relaxe
C’est précisément cette exigence qui fait défaut ici. La Chambre qualifie les indices retenus par le jury de porteurs de fortes doses d’ambiguïté et d’équivocité. Les traces génétiques relevées sur l’arme et les empreintes biologiques admettaient des explications alternatives compatibles avec l’innocence, sans que l’absence de preuve d’une intervention de tiers pût suppléer cette insuffisance. Lorsque les mêmes données soutiennent avec une solidité comparable deux récits incompatibles, l’inférence cesse d’être une preuve à charge.
La contradiction interne du récit accusatoire
L’élément que la juridiction juge le plus significatif est de nature factuelle et se révèle particulièrement instructif pour la technique de défense. Le prévenu présentait des blessures d’une extrême gravité, touchant les veines jugulaires, ainsi qu’un pneumothorax. La Chambre relève une incompatibilité difficilement surmontable entre ce tableau clinique et la capacité physique de porter onze coups de couteau mortels. Il ne s’agit pas d’un doute générique, mais d’une contradiction interne du récit de l’accusation, établie par expertise.
In dubio pro reo : règle de décision, non d’appréciation
La décision conclut en appliquant le principe in dubio pro reo. Il convient d’en préciser la portée, car il est fréquemment confondu avec la présomption d’innocence. La présomption d’innocence est une règle de jugement exigeant une preuve à charge suffisante ; l’in dubio pro reo est une règle de décision qui intervient lorsque, cette preuve existant, la juridiction n’acquiert pas la conviction nécessaire. Ici, les deux convergent : les indices n’étaient ni concluants ni de nature à exclure des scénarios alternatifs.
LA LECTURE DU CABINETCe que cela signifie en pratique
Pour la défense. Cette décision illustre la stratégie la plus efficace face à la preuve indiciaire : ne pas nier les indices un à un, mais construire une hypothèse alternative cohérente et étayée par une preuve objective. L’expertise médico-légale sur l’aptitude physique du prévenu a été ici déterminante. Une telle expertise doit être sollicitée durant l’instruction, et non improvisée à l’audience.
Sur l’appel contre le verdict du jury. Le recours contre les arrêts de cour d’assises permet de contrôler la rationalité de la motivation du verdict. Il ne s’agit pas d’une seconde appréciation de la preuve, mais d’un examen du point de savoir si le raisonnement exprimé soutient la conclusion retenue. Lorsque le procès-verbal de délibération n’explique pas pourquoi l’hypothèse alternative a été écartée, le recours a des chances d’aboutir.
Pour l’accusation. L’acte d’accusation doit anticiper et neutraliser les hypothèses alternatives prévisibles, en particulier lorsque le prévenu présente des blessures compatibles avec une agression préalable. Soutenir la thèse accusatoire sans expliquer cette circonstance expose l’inférence.
QUESTIONS FRÉQUENTESQuestions fréquentes
Une condamnation prononcée par une cour d’assises peut-elle être annulée en appel ?
Oui. Le recours permet de contrôler notamment la rationalité de la motivation du verdict et la suffisance de la preuve à charge. En l’espèce, le Tribunal supérieur de justice a annulé une condamnation à quinze ans et prononcé la relaxe.
Quand la preuve indiciaire est-elle insuffisante ?
Lorsque les indices admettent, avec une vraisemblance comparable, une explication compatible avec l’innocence. L’inférence doit être univoque : si les mêmes données soutiennent deux récits incompatibles, elles ne constituent pas une preuve à charge suffisante.
Quelle différence entre présomption d’innocence et in dubio pro reo ?
La présomption d’innocence exige une preuve à charge valable et suffisante. L’in dubio pro reo intervient ensuite, lorsque cette preuve existe mais que la juridiction n’acquiert pas la conviction nécessaire et doit trancher le doute en faveur du prévenu.
La relaxe est-elle définitive ?
Pas nécessairement. Un pourvoi en cassation est ouvert devant la Chambre criminelle du Tribunal suprême, la révision des faits constants au détriment de la personne relaxée étant toutefois très limitée.
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Commentaire rédigé par l’équipe de SCJE à partir de sources publiques relatives à la décision. Son contenu est résumé à des fins d’information, sans reproduction intégrale. Il ne constitue pas un conseil juridique individualisé. Source consultée: Tirant lo Blanch, actualidad jurídica; communiqué du Conseil général du pouvoir judiciaire espagnol.
SCJE · ALICANTE ET MADRIDVotre dossier repose-t-il uniquement sur des indices ?
Francisco Javier Martín Porras
Abogado penalista, socio de Société de Conseil Juridique et Expert y creador de la metodología LIWARD®. Dirige la defensa en procedimientos penales de alta complejidad, combinando estrategia procesal con análisis pericial y forense. Conozca al equipo →


