Droit pénalGuides pratiquesInjures et calomnies sur Internet en Espagne : ce que dit le Code pénal et comment les prouver

Les réseaux sociaux et l’anonymat du cyberespace ont fait exploser les infractions d’injures (injurias) et de calomnies (calumnias) commises sur Internet, y compris la figure du « troll ». Il n’existe pas d’infraction spécifique à l’environnement numérique : les injures et calomnies traditionnelles s’appliquent, avec quelques particularités importantes. Nous les expliquons avec l’appui de la doctrine et de la jurisprudence.

La même infraction, un autre support

Lorsque les commentaires revêtent une gravité suffisante, ils relèvent des infractions d’injures et de calomnies du Code pénal espagnol. Ce qui change, c’est le moyen de diffusion du message, les conséquences aggravées de sa viralité et la difficulté de retirer le contenu une fois diffusé.

La publicité aggrave la peine (mais elle n’est pas toujours présente)

L’article 211 du Code pénal dispose que la calomnie et l’injure sont réputées commises avec publicité lorsqu’elles sont propagées par la presse, la radiodiffusion ou tout autre moyen d’efficacité semblable, ce qui inclut les réseaux sociaux et aggrave la peine (entre autres, arrêt du Tribunal suprême 135/2020 du 7 mai, pourvoi 3344/2018). Toutefois, l’aggravation exige une diffusion significative : il y a publicité dans un message ouvert sur des forums ou des réseaux sociaux, mais pas lorsqu’on utilise un moyen adressé à un seul destinataire ou à un groupe réduit (un SMS, un message privé ou un courriel).

La preuve numérique est décisive

S’agissant d’infractions commises en ligne, il faut apporter une preuve technologique. Un constat notarié de contenu en ligne attestant le contenu et sa diffusion est recommandé, ainsi qu’une expertise informatique garantissant l’authenticité de la preuve numérique. Pour identifier l’auteur caché derrière un pseudonyme, l’intervention de la brigade policière de délits technologiques et, sur ordonnance judiciaire, la collaboration des prestataires de services sont généralement nécessaires.

Mesures conservatoires contre le contenu

L’article 13 de la loi de procédure pénale, dans sa rédaction issue de la loi organique 10/2022, permet d’ordonner comme premières mesures le retrait provisoire des contenus illicites, l’interruption des services qui les proposent ou leur blocage lorsqu’ils sont hébergés à l’étranger. Il est également possible de demander l’interdiction de s’approcher et de communiquer par tout moyen, réseaux sociaux compris (article 544 bis LECrim), et même l’interdiction d’accès à Internet de la personne mise en cause (Tribunal suprême, plénière, arrêt 547/2022 du 2 juin, pourvoi 1615/2020).

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Sources

Doctrine : Infractions contre l’honneur et l’intimité (Expertia Legal, édition de décembre 2025), « Injures et calomnies par Internet ». Jurisprudence citée : arrêt du Tribunal suprême 135/2020 du 7 mai (pourvoi 3344/2018), arrêt du Tribunal suprême (plénière) 547/2022 du 2 juin (pourvoi 1615/2020) et jugement du tribunal pénal 187/2019 du 26 avril (recours 648/2018). Textes : article 211 du Code pénal ; articles 13 et 544 bis LECrim ; loi organique 10/2022.

Les peines : le poids de la publicité

Le Code pénal distingue selon que les propos ont été tenus avec publicité, et selon l’article 211 il y a publicité lorsqu’ils sont diffusés par la presse, la radiodiffusion ou tout autre moyen d’efficacité semblable, catégorie dans laquelle les tribunaux ont rangé les réseaux sociaux, les forums et les groupes de messagerie comptant de nombreux membres. La calomnie, c’est-à-dire l’imputation d’une infraction en la sachant fausse ou avec un mépris téméraire de la vérité, est punie par l’article 206 d’un emprisonnement de six mois à deux ans ou d’une amende de douze à vingt-quatre mois lorsqu’elle est propagée avec publicité, et dans les autres cas d’une amende de six à douze mois. L’injure grave est punie par l’article 209 d’une amende de six à quatorze mois avec publicité et de trois à sept mois sans. Dans les deux cas, le tribunal peut également ordonner la publication du jugement et l’indemnisation du préjudice moral.

Une infraction privée : plainte, conciliation et prescription d’un an

Les injures et calomnies contre des particuliers ne sont poursuivies qu’à la demande de la personne offensée, au moyen d’une plainte formelle (querella) signée par un avocat et un procureur (procurador). Avant de la déposer, la loi exige une tentative de conciliation devant le tribunal, au cours de laquelle les parties peuvent trouver un accord ou l’auteur peut se rétracter. Le temps est décisif : selon l’article 131 du Code pénal, ces infractions se prescrivent par un an à compter de la publication, de sorte que les preuves doivent être conservées et la plainte préparée sans délai. Lorsque la cible est un fonctionnaire agissant dans l’exercice de ses fonctions, l’infraction peut être poursuivie par le parquet.

Le test de la liberté d’expression

Tout message offensant ou sévère n’est pas une infraction. Le Tribunal constitutionnel et le Tribunal suprême mettent en balance le droit à l’honneur et la liberté d’expression et d’information : les jugements de valeur, aussi désagréables soient-ils, sont protégés s’ils ne sont pas gratuitement injurieux et se rapportent à une question d’intérêt public, et la critique des personnalités publiques bénéficie d’une marge plus large. Les affirmations de fait sont protégées lorsque leur auteur a fait preuve de diligence pour les vérifier, même si elles se révèlent ensuite inexactes. La défense de la personne poursuivie se concentre donc sur le contexte, sur la pertinence publique du sujet, sur l’absence d’intention d’offenser et sur la véracité ou la vérification raisonnable des faits, tandis que la défense de la victime insiste sur le caractère gratuit des expressions et sur leur impact réel sur la réputation.

Questions fréquentes

Une injure sur les réseaux sociaux est-elle toujours aggravée ?

Non. L’aggravation pour publicité de l’article 211 du Code pénal exige une diffusion significative ; un message privé ou un courriel adressé à une personne ou à un groupe réduit ne remplit pas cette condition.

Comment prouver une injure ou une calomnie en ligne ?

Par un constat notarié du contenu en ligne, une expertise informatique sur l’authenticité de la preuve et, si l’auteur est anonyme, l’intervention de la brigade de délits technologiques sur ordonnance judiciaire.

Le contenu peut-il être retiré pendant la procédure ?

Oui. L’article 13 LECrim permet, comme première mesure, le retrait provisoire, l’interruption ou le blocage des contenus illicites, ainsi que des interdictions de s’approcher et de communiquer.

Quelle est la différence entre injure et calomnie en droit espagnol ?

La calomnie consiste à imputer à quelqu’un une infraction pénale en la sachant fausse ou avec un mépris téméraire de la vérité ; l’injure est toute expression ou action qui porte atteinte à la dignité d’autrui en lésant sa réputation ou son estime de soi.

De combien de temps dispose-t-on pour agir contre des injures ou calomnies en ligne ?

Selon l’article 131 du Code pénal, ces infractions se prescrivent par un an ; il faut donc conserver les preuves et préparer la plainte sans délai.

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