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Droit pénalJurisprudence et doctrineTrois mesures d’alcoolémie croissantes : pourquoi la relaxe a été confirmée

DÉCISION COMMENTÉE · TRIBUNAL SUPRÊMETrois mesures d’alcoolémie croissantes : pourquoi la relaxe a été confirmée

Le taux doit être établi au moment de la conduite, et la cassation contre les décisions de relaxe ne permet pas de réapprécier la preuve
Série « Décision commentée » · Publié le 20 septembre 2026Auteur: Francisco Javier Martín Porras · Équipe SCJE

DÉCISION

Arrêt de la Chambre criminelle (2026)

JURIDICTION

Tribunal suprême, Chambre criminelle

IDENTIFICATION

Pourvoi du ministère public contre une décision de relaxe

DISPOSITIF

Pourvoi rejeté, relaxe confirmée, dépens à la charge du Trésor

Un conducteur intercepté lors d’un contrôle préventif nocturne a présenté trois résultats successifs et croissants : 0,60 milligramme par litre au premier test, puis 0,79 et 0,75 aux mesures réalisées avec l’éthylomètre probatoire. Le Juzgado de lo Penal l’a relaxé, considérant qu’il n’était pas établi avec certitude que le taux atteignait le seuil de l’article 379.2 du Code pénal au moment de la conduite. L’Audiencia Provincial a rejeté le recours du parquet et le Tribunal suprême a confirmé la relaxe.

La décision réunit deux questions d’une grande fréquence pratique : la portée de la courbe d’alcoolémie et les limites strictes de la cassation contre les décisions de relaxe.

Les faits et le parcours procédural

  • Contrôle préventif d’alcoolémie de nuit
  • Premier test : 0,60 milligramme par litre d’air expiré
  • Deuxième et troisième mesures à l’éthylomètre probatoire : 0,79 et 0,75
  • Progression croissante entre l’interception et les mesures ultérieures
  • Juzgado de lo Penal : relaxe
  • Audiencia Provincial : rejet du recours du ministère public
  • Tribunal suprême : rejet du pourvoi et confirmation de la relaxe

Les clés juridiques

  • L’incrimination exige le taux au moment de la conduite, non à celui du test
  • Une progression croissante évoque la phase d’absorption et fait naître le doute
  • La cassation contre une relaxe ne permet pas de réapprécier la preuve
  • Le ministère public n’a pas sollicité la nullité de la décision
  • Les faits constants s’intègrent avec la motivation favorable au prévenu
  • Dépens à la charge du Trésor

LA DOCTRINECe que juge le tribunal

Le moment pertinent pour le taux

L’article 379.2 du Code pénal réprime celui qui conduit avec un taux d’alcool supérieur à 0,60 milligramme par litre d’air expiré ou à 1,2 gramme par litre de sang. L’élément constitutif se réfère à l’instant de la conduite, et non à celui de la réalisation du test. Un délai s’écoule toujours entre les deux, et pendant ce délai la concentration d’alcool peut augmenter si l’organisme se trouve en phase d’absorption, ou diminuer s’il est déjà entré en phase d’élimination.

La courbe d’alcoolémie comme source de doute raisonnable

C’est là que réside le cœur de l’affaire. Lorsque les mesures successives donnent des valeurs croissantes, l’inférence naturelle est que l’organisme absorbait encore de l’alcool, de sorte que le taux au moment antérieur de la conduite aurait vraisemblablement été inférieur à celui enregistré. Le juge du fond a estimé que, la première mesure étant exactement de 0,60, c’est-à-dire le seuil lui-même, et la progression étant croissante, il ne pouvait être affirmé avec la certitude requise que la limite légale était dépassée au volant. Cette inférence n’est pas arbitraire : elle repose sur des connaissances physiologiques communément admises.

Les limites de la cassation contre une relaxe

Le second volet de la décision relève de la technique procédurale et a une portée générale. Le Tribunal suprême réaffirme que la cassation contre les décisions de relaxe ne permet pas de réviser l’appréciation probatoire opérée par la juridiction du fond. L’Audiencia Provincial avait déjà relevé que l’argumentation du parquet constituait en réalité une révision probatoire déguisée. Le Tribunal suprême ajoute un élément procédural décisif : le ministère public n’a pas exercé la faculté de solliciter la nullité de la décision, seule voie appropriée s’il estimait la motivation insuffisante ou irrationnelle.

L’intégration du récit avec la motivation juridique

La Chambre formule en outre un critère utile et peu connu : le récit des faits constants doit être intégré avec les considérations favorables au prévenu exprimées dans la motivation juridique, dès lors qu’aucun doute n’existe sur leur portée. Autrement dit, lorsque les motifs énoncent qu’un élément n’est pas établi, cette affirmation fait partie du substrat factuel même si elle ne figure pas littéralement dans la rubrique des faits constants. Cette intégration a été déterminante pour confirmer la relaxe.

LA LECTURE DU CABINETCe que cela signifie en pratique

Pour la défense en matière d’alcoolémie. La chronologie constitue le matériau de travail essentiel : heure de la conduite, heure de l’interception, heure de chaque mesure et intervalle entre elles. Lorsque la progression est croissante et que le premier chiffre se situe aux alentours du seuil, il existe une marge réelle de doute raisonnable. Il convient de solliciter le certificat de vérification de l’éthylomètre, sa fiche d’étalonnage et la preuve de l’information sur le droit à une contre-expertise.

Pour l’accusation. Si la motivation de la relaxe est jugée irrationnelle ou insuffisante, la voie consiste à solliciter la nullité de la décision, et non à proposer une appréciation alternative de la preuve. Omettre cette demande ferme pratiquement le recours, comme en l’espèce.

Sur la frontière avec la voie administrative. La relaxe pénale n’exclut pas la sanction administrative, applicable à partir de 0,25 milligramme par litre, ou 0,15 pour les conducteurs novices et professionnels. Il convient de l’expliquer au client dès le début afin d’éviter des attentes erronées.

QUESTIONS FRÉQUENTESQuestions fréquentes

À partir de quel taux d’alcool y a-t-il infraction pénale en Espagne ?

L’article 379.2 du Code pénal exige un taux supérieur à 0,60 milligramme par litre d’air expiré ou à 1,2 gramme par litre de sang. En deçà, le comportement relève de la sanction administrative, sauf conduite téméraire établie.

Pourquoi importe-t-il que les mesures soient croissantes ?

Considérablement. Une progression croissante indique que l’organisme se trouvait en phase d’absorption, de sorte que le taux au moment de la conduite aurait vraisemblablement été inférieur à celui relevé ensuite. Cela peut empêcher de tenir l’élément constitutif pour établi.

Le parquet peut-il se pourvoir contre une relaxe ?

Il le peut, mais dans des limites très strictes : la preuve administrée avec immédiateté ne peut être réappréciée. Si la motivation est jugée irrationnelle, la voie correcte est de solliciter la nullité de la décision.

Qu’est-ce que l’intégration du récit des faits constants ?

C’est le critère selon lequel les considérations favorables au prévenu contenues dans la motivation juridique font partie du substrat factuel de la décision, même si elles ne figurent pas littéralement dans la rubrique des faits constants.

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Commentaire rédigé par l’équipe de SCJE à partir de sources publiques relatives à la décision. Son contenu est résumé à des fins d’information, sans reproduction intégrale. Il ne constitue pas un conseil juridique individualisé. Source consultée: Tirant lo Blanch, actualidad jurídica.

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Francisco Javier Martín Porras

Abogado penalista, socio de Société de Conseil Juridique et Expert y creador de la metodología LIWARD®. Dirige la defensa en procedimientos penales de alta complejidad, combinando estrategia procesal con análisis pericial y forense. Conozca al equipo →

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